Dans le monde de la mode, où tout semble si rapide, la haute couture est le seul refuge. C'est le terrain de jeu de Daniel Roseberry, qui depuis six ans remet triomphalement Schiaparelli sur la carte de la mode (oui, le temps passe vite !). La collection qu'il a présentée lundi matin au Petit Palais, en ouverture de la semaine de la couture à Paris, ne fait pas exception. Une magnifique histoire de mode, confectionnée par les artisans les plus talentueux de la Place Vendôme, et un regard poignant sur le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Bienvenue dans le monde de la couture de Daniel Roseberry.
Intitulée « Icare » en hommage au personnage emblématique de la mythologie grecque qui vola trop près du soleil et tomba à terre (la saison dernière, Roseberry avait choisi le Phénix comme symbole de sa collection, ce qui donne l’impression d’une continuation du thème du feu volant), la collection Haute Couture printemps-été 2025 est une ode à la beauté des choses anciennes qui semblent neuves à nos yeux. L’inspiration est venue d’une boîte de rubans vintage, datant des années 1920 et 1930, que Daniel a trouvé dans un magasin d’antiquités (et qu’il a d’ailleurs utilisé pour certaines des robes de bal de sa collection). Il a ensuite construit toute la collection autour des couleurs de ces rubans : pensez aux beurres, aux safrans, aux verts paon délavés et aux bruns safrans bruts. Et en pensant aux meilleurs couturiers de l’époque Charles Frédéric Worth, Madame Grès et Paul Poiret mais aussi à leurs successeurs comme Yves Saint Laurent ou Azzedine Alaïa. Cette collection est donc un clin d’œil non seulement à la grande Elsa Schiaparelli mais aussi à toute la bande de grands créateurs qui ont fait de Paris la capitale de la haute couture.
Daniel Roseberry joue avec brio avec les formes et les époques de la mode : les courbes des années 1920 et 1930 prennent forme dans une georgette de soie fragile brodée de perles japonaises, tandis que les vestes carrées des années 1940 sont associées à des jupes longues en double satin, coupées en biais, dans le style des années 1990. Daniel expérimente également avec les techniques : pour l'une des majestueuses robes de bal, il a recréé la fourrure de singe, populaire dans les années 1930, à l'aide de plumes d'autruche baignées de glycérine qui leur donnaient plus de poids, puis brossées à la kératine. On y trouve également un puissant hommage à certaines des robes les plus raffinées d'Elsa, comme un licou plissé en tulle polyamide couleur sable, qui lui confère une intégrité, un poids et une modernité impossibles à obtenir avec des soies modernes. Et puis il y a les corsets, discutables pour le XXIe siècle, comme l'ont remarqué de nombreux rédacteurs présents au défilé, mais qui produisent un effet époustouflant. Surtout lorsqu'ils sont confectionnés en toile, recouverts de fines couches de laine et de coton, surmontées de satin de soie. Un chef-d'œuvre.
Alors pourquoi Daniel a-t-il choisi l’un des personnages les plus tragiques de la mythologie grecque, Icare, qui vola trop près du soleil, pour incarner sa nouvelle collection ? Eh bien, pour Roseberry, la haute couture est toujours une affaire profondément personnelle. « On fait de la haute couture par amour, bien sûr. Mais on le fait aussi par devoir », a déclaré le créateur dans les notes de présentation qui nous attendaient sur nos chaises à notre arrivée dans les couloirs du Petit Palais. « Je n’oublie jamais que j’ai eu la chance de diriger ce qui est peut-être la dernière grande maison à avoir été ressuscitée. C’est ma joie, mais aussi ma responsabilité, de continuer à améliorer le travail. La haute couture aspire à atteindre de grands sommets ; elle promet une évasion de notre réalité compliquée. Elle nous rappelle également que la perfection a un prix. Jusqu’où pouvons-nous aller, nous les couturiers ? Aussi haut que le soleil – et les dieux – nous le permettent ».
Un génie, n'est-ce pas ?
Avec l'aimable autorisation de Schiaparelli
Texte : Lidia Ageeva